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Les colonies : un laboratoire d'architecture climatique ?

Captation de la conférence prononcée le 3 décembre 2015

Borel Julien
(19..-....) Metteur en scène ou réalisateur
Guilloux Tristan
Commentateur

En 1885, lors de la Conférence de Berlin, les puissances occidentales se partagent le continent africain. S’engage alors un mouvement de « mise en valeur » des colonies qui passe par l’installation durable d’européens sous des conditions climatiques largement considérées comme hostiles à l’homme blanc. L’architecture est appelée à jouer un rôle essentiel de protection. Cela se manifeste dans un modèle quasi-universel : la case à véranda. En un demi-siècle, les progrès scientifiques per¬mettent d’envisager différemment le rapport au climat. Le Congrès international de l’urbanisme aux colonies et dans les pays de latitude intertro¬picale qui se tient pendant l’Exposition coloniale de 1931 au bois de Vincennes est l’occasion pour ses organisateurs de réaffirmer les enjeux archi¬tecturaux de la politique expansionniste de la France, y compris pour la Métropole elle-même. Le congrès inaugure un thème récurrent pen¬dant les trente dernières années de la colonisa¬tion : les territoires d’outre-mer sont de possibles laboratoires de la modernité. Le mouvement moderne se saisit en effet d’une situation jugée extrême, tant du point de vue du milieu physique que de celui, historique et sociologique, de la colonisation, pour défendre le principe d’une rationalisation de l’architecture. Le climat est appelé à y jouer un rôle prépon¬dérant. Des architectes, ayant parfois uniquement oeuvré en Afrique subsaharienne, mettent au point des dispositifs architecturaux protecteurs qui favorisent le confort intérieur. Leurs expériences sont connectées à d’autres, comme le prouve l’influence fondamentale de l’archi¬tecture moderne brésilienne. Succèdera à partir des années 1960 une période de banalisation de l’architecture où le jeu de l’influence climatique disparaîtra, jusqu’au retour des préoccupations environnementales et énergétiques au cours des années 1970. Celles-ci remettront au goût du jour le bioclimatisme comme souci d’intégrer la construction dans son environnement. D’Harare à Bombay, de la Martinique à la Réunion, des architectures contemporaines poursuivent le chemin tracé par ces laboratoires de l’architecture climatique