Ce cycle invite à questionner ce texte totémique au travers des principes et concepts employés, des problèmes d’interprétation de certains passages, de l’usage institutionnel qui en est fait, des confusions engendrées par de nombreux autres textes et de l’évolution de plusieurs enjeux : changement climatique, authenticité, mémoire, demande sociale, urbicides… Une question : cette charte fondatrice doit-elle évoluer ?
L’École de Chaillot, en qualité établissement d’enseignement supérieur, souhaite mettre en lumière les débats actuels, à destination de ses étudiants du DSA, sur la place public et les scénarios possibles d'évolution de cette charte fondatrice.
Elle souhaite surtout une réflexion approfondie sur la charte de Venise en interrogeant sa pertinence face aux enjeux contemporains de la conservation du patrimoine, qu'il soit matériel, local ou mondial.
Aussi, ce cycle permettra de mener une réflexion collective sur les doctrines de restauration du Patrimoine en France et à travers le monde.
Voir le Programme général du cycle (régulièrement actualisé)
Programme en dix séances
1. Charte de Venise : un texte fondateur dépassé ?
Soixante ans après son adoption officielle par l’ICOMOS, la Charte de Venise continue de susciter le débat à l’échelle internationale. Alors qu’elle reste une référence pour certains, elle est pour d’autres l’incarnation d’un impérialisme culturel européen malvenu. Connue et citée partout dans le monde, la Charte de Venise est aussi un document dont l’apparente simplicité occulte une histoire complexe, peu connue. Sur base de recherches d’archives, cette présentation abordera la genèse de la charte, les tentatives de révision dont elle fit presqu’immédiatement l’objet, ainsi que les questions que posent ses multiples traductions à l’idéal d’universalisme qu’elle incarne.
Intervenante : Claudine HOUBART, professeure ordinaire à la Faculté d'Architecture de l'Université de Liège (Belgique). Elle dirige le laboratoire DIVA, dédié à la documentation, l'interprétation et la valorisation du patrimoine. Ses recherches portent sur l'histoire des théories et pratiques de la conservation du patrimoine dans la seconde moitié du XXe siècle au niveau international. Elle est membre du bureau du comité scientifique international TheoPhilos de l'ICOMOS.
Dans le prolongement de sa thèse, interrogeant la contribution de Raymond M. Lemaire dans le domaine de la rénovation urbaine au tournant des années 1960 et 1970, elle s’intéresse particulièrement au processus d’élaboration des documents doctrinaux, tels que la Charte de Venise et à la constitution et au développe-ment des réseaux dans le champ de la conservation-restauration.
2. Authenticité, mémoire, vérité: Que conserve-t-on vraiment ?
Faut-il réécrire la Charte de Venise ou rester fidèle à ses principes ? On défend la seconde
hypothèse dans cette conférence, où l’on montre que les concepts qu’elle nous lègue suffisent à
combler ses lacunes. On analyse pour cela les notions de « patrimoine culturel », de « monument
historique » et « d’authenticité », en commentant son préambule, puis ses articles 1, 5, 7, 8 et 11.
On se demande aussi comment les Vénitiens, qui luttent contre le surtourisme, réécriraient la
Charte si on le leur demandait et l’on conclut, de façon aporétique, que l’intégration de cette
communauté humaine au patrimoine culturel de sa ville transformerait ses monuments historiques
en consommables d’un patrimoine culturel immatériel – ce qui semble inacceptable. On montre
ainsi que le problème posé par la révision de la Charte consiste à y intégrer le « 5ième C » des
communautés promu par l’UNESCO, sans effacer la frontière entre le PCM et le PCI – ce qui paraît
difficile.
Intervenant : Pierre Leveau, Il a soutenu en 2012 une thèse sur l’épistémologie de la conservation du patrimoine culturel et a publié une vingtaine d’articles sur le sujet. L’Office de communication et d’information muséal (OCIM) a édité en 2017 la partie historique de son travail, sous le titre « l’institution de la conservation du patrimoine culturel dans l’Entre-Deux-Guerres ». Professeur agrégé de philosophie, il enseigne au lycée et intervient régulièrement à l’École Supérieure d’Art d’Avignon (ESAA) ainsi qu’au département des restaurateurs de l’Institut National du Patrimoine (INP)
3. Restaurer, reconstruire, quelles limites ?
Intervenants :
Mathieu Lours, responsable du champ histoire à l’École de Chaillot.
Olivier Salmon, Architecte en Chef des Monuments Historiques.
4. Le décor architectural à l’épreuve de la charte de Venise et de la pensée de Césare Brandi
Intervenants :
Colette di MATTEO, inspecteur général honoraire des monuments historiques
Thomas CLOUET, architecte en chef des monuments historiques
Informations pratiques
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