Documenter, inventorier, cartographier : les sources en question
Comment et à partir de quelles sources, méthodes, techniques et technologies, documenter la nature et l’ampleur des destructions durant les conflits ? Comment ces savoirs et savoir-faire sont-ils partagés avec les acteurs locaux et bénéficient à leur tour de leurs connaissances et expertises ? Dans quelle mesure les représentations visuelles produites contribuent-elles à prendre la mesure des destructions, à alerter, mais aussi à projeter et réparer le patrimoine ?
Aram Vruyr, Jurgis Baltrušaitis posant devant des khatchkars à Djoulfa dans le Nakhitchevan, 1928, tirage photographique, Paris, bibliothèque de l’INHA [Cote : Archives 190]
Documenter les destructions constitue un préalable à leur compréhension, à la protection des patrimoines menacés et, parfois, à leur réparation. Mais à partir de quelles sources, méthodes, techniques et technologies produire cette documentation ? Comment croiser archives, données de terrain, photographies, cartes et relevés numériques ? Et comment ces outils transforment-ils notre perception des conflits et de leurs effets sur les territoires ?
La table ronde réunira architecte, cartographe, archéologue et spécialiste de la numérisation patrimoniale. Les échanges porteront également sur la dimension critique des représentations produites : une carte, une photographie ou une modélisation résultent de choix méthodologiques qui doivent pouvoir être explicités. Une attention particulière sera accordée au partage des savoirs avec les acteurs locaux, dont les connaissances et expertises contribuent à documenter les sites, à identifier les ressources encore disponibles et à envisager les conditions de leur transmission et de leur réparation.
Avec : Martin Duplantier (Martin Duplantier Architectes, Paris), Benoit Martin (Sciences Po, Paris), Sipana Tchakerian (Inha, Paris), Yves Ubelmann (Iconem, Paris).
Modération par Elisabeth Essaïan et Mathilde Leloup co-commissaires de l'exposition.
Martin Duplantier
Architecte et urbaniste, Martin Duplantier dirige l’agence Martin Duplantier Architectes, implantée en France et en Ukraine. En 2022, il fonde ARCH4UA, fondation dédiée à la reconstruction des villes ukrainiennes affectées par la guerre. Ancien président de l’association AMO, il enseigne à la Kharkiv School of Architecture. Depuis 2025, il collabore avec l’UNESCO et co-commissionne le Pavillon français de la Biennale d’architecture de Venise 2025.
Comment penser la reconstruction non pas comme une tabula rasa, mais comme une dynamique d'adaptation : celle des matériaux et des savoir-faire ? La question n'est plus seulement de documenter ce qui a été détruit, mais d'inventorier ce qui peut encore servir (un mur, une ressource locale, une technique traditionnelle). Cette approche déplace le regard : de la perte patrimoniale vers la ressource disponible, du geste architectural isolé vers un processus porté par les habitants. Une documentation fine des matériaux et des contextes locaux, pour nourrir une architecture volontairement adaptable, pensée pour l'incertitude, plutôt que contre elle.
Benoît Martin
Cartographe et docteur en science politique, Benoît Martin est membre de l’Atelier de cartographie de Sciences Po. Ses enseignements et recherches portent sur la construction et les usages des statistiques en relations internationales, notamment auprès des organisations internationales. Dans le cadre de l’exposition, il propose une lecture critique des cartes produites, en explicitant les choix méthodologiques qui ont contribué à construire le panorama historique des conflits.
À l'instar des photographies, les cartes constituent un médium puissant qu'il convient de dénaturaliser, de même que le discours qu'elles véhiculent doit être déconstruit. À partir des cartes produites pour l'exposition Patrimoines en résistance, il s'agira d'expliciter et de porter un éclairage (auto)critique sur la série de choix méthodologiques qui ont abouti au panorama historique des conflits dans le monde.
Sipana Tchakerian
Docteure en archéologie, spécialiste du Caucase du Sud médiéval, Sipana Tchakerian est coordinatrice scientifique à l’Institut national d’histoire de l’art (INHA). Elle y porte un programme de recherche autour du fonds Thierry et coordonne la cellule RePaZ (Recherche et Patrimoine en Zones de crises), créée en 2025. Elle contribue également au développement d’outils numériques pour la recherche et la valorisation du patrimoine architectural arménien.
Crises, conflits et politiques répressives menacent non seulement le patrimoine, mais aussi la recherche qui lui est consacrée, en raison des restrictions de terrain et violences politiques entravant le travail des chercheuses et chercheurs. Face à cela, la communauté des archéologues et historiens de l'art doit développer de nouvelles méthodologies de recherche et de pédagogie : c'est la réflexion que porte l'initiative RePaZ, créée en 2025 et hébergée à l'INHA.
Yves Ubelmann
Architecte de formation, Yves Ubelmann s’est spécialisé dès 2006 dans le relevé de sites archéologiques par photogrammétrie, notamment au Moyen-Orient et en Asie centrale. En 2013, il fonde Iconem, qui numérise des sites patrimoniaux pour leur transmission. L’entreprise développe également des contenus scientifiques et artistiques et des programmes de formation destinés aux archéologues locaux afin de rendre ces technologies accessibles.
Au-delà de la technologie déployée par Iconem, qui permet de réaliser de véritables copies numériques de complexes architecturaux ou archéologiques de très grande taille, la strat-up développe également des programmes de formation destinés aux archéologues locaux, visant à les former à ces technologies, avec des outils et programmes accessibles. C’est grâce à ce travail de terrain, réalisé en amont par des acteurs locaux, qu’il devient possible, grâce aux données collectées sur place, croisées avec les archives, de reconstituer en 3D des monuments disparus.
Les projections, conférences et tables rondes organisées à la Cité autour de l’exposition « Patrimoines en résistance » visent à favoriser les échanges et la pluralité des points de vue. Les opinions exprimées à cette occasion le sont sous la seule responsabilité de leurs auteurs et ne sauraient être interprétées comme reflétant la position de la Cité ou de ses partenaires.
Informations pratiques
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Auditorium
7, avenue Albert de Mun 75116 Paris
Accès côté jardins
Métro Iéna ou Trocadéro
Aram Vruyr, Jurgis Baltrušaitis posant devant des khatchkars à Djoulfa dans le Nakhitchevan, 1928, tirage photographique, Paris, bibliothèque de l’INHA [Cote : Archives 190]
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