Soto : une traversée cinétique
Une œuvre immersive de Jesús Rafael Soto à la Cité de l'architecture et du patrimoine
Constituée de milliers de tubes jaunes fins et souples, suspendus, cette structure monumentale vous invite à pénétrer dans une expérience unique, convoquant tous vos sens.
Jesús Rafael Soto, figure majeure de l'art abstrait et du cinétisme (1923-2005)
Installé à Paris en 1950, l’artiste d’origine vénézuélienne s’est illustré par des tableaux, reliefs et sculptures dont les décalages géométriques piègent le regard dans des trames colorées au gré de nos moindres mouvements.
Une série emblématique
Sa série la plus remarquable, amorcée en 1967 et rapidement intitulée « Pénétrable », connait sa première version monumentale sur le parvis du musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1969. Elle culmine notamment avec le Pénétrable BBL jaune en 1999, aujourd’hui présenté à la cité de l’architecture.
Une œuvre immersive
Constituée de milliers de tubes jaunes fins et souples, suspendus à une structure métallique, l’œuvre est moins une sculpture à contempler qu’un « environnement » immersif, à la fois optique, mobile et tactile. Car un Pénétrable nous propose une expérience qui se joue à l’échelle de l’espace réel et de l’architecture, au sein d’une nuée vibrante de lignes souples qui se traverse comme une forêt, un fleuve ou même un brouillard.
De l’extérieur, le Pénétrable apparaît comme un simple parallélépipède, un immense volume coloré et vibrant de plus de 150 mètres cubes. Ouvert de tous côtés, il nous invite à nous y introduire et à y évoluer librement. Très vite, la stabilité apparente de l’ensemble disparaît : l’expérience y est fluctuante et sans cesse rejouée. Les contours de la structure disparaissent, les silhouettes humaines se brouillent et les distances deviennent incertaines.
Une expérience corporelle et sensorielle
Lorsque plusieurs personnes évoluent dans ce bain commun, elles ne respirent plus seulement le même air, mais partagent le même espace. Le corps devient lui-même un instrument de perception d’une couleur pure, désormais atmosphérique et spatialisée : nous marchons, frôlons et sentons le contact des longs fils sur notre peau, autant que nos yeux perçoivent les palpitations constantes de la couleur. L’expérience engage ainsi autant le toucher que la conscience de notre corps, constamment frôlé par les fils colorés.
Un nouveau regard
Si elle peut s’avérer ludique et plaisante, cette immersion particulière n’est pas anodine. Soto renverse en effet la relation esthétique traditionnelle dans la mesure où c’est l’œuvre qui entoure le spectateur, et non plus le spectateur qui fait face à l’œuvre ou en fait le tour. Chaque traversée produit une configuration différente, et l’objet ne cesse de nous échapper. En substance, Soto instaure un espace qui n’est ni stable ni homogène, où les limites habituelles entre voir, toucher et habiter y sont des plus poreuses.
Visitor information
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Commissaire
Matthieu Poirier, historien de l'art