Ajap 2018 : Paul Vincent architecte
Lauréats Ajap 2018

Paul Vincent architecte

Sous-titre
Paul Vincent

Le portrait

L’architecture est avant tout une prestation intellectuelle. C’est sur cette intime conviction que Paul Vincent bâtit sa démarche, persuadé que la caution de cette science inexacte réside dans la capacité d’autopersuasion des architectes. Pour lui, l’esthétique, quelle qu’elle soit, n’est pas une fin en soi mais doit résulter d’un processus cognitif maîtrisé. Qu’importent les lubies graphiques ou matérielles des uns et des autres, pourvu qu’il y ait matière à penser. Cette intransigeance, Paul l’a construite à l’École d’architecture de Paris-Belleville, aux côtés de Bernard Le Roy et Guy Desgrandchamps notamment. Il a choisi l’établissement après une formation de designer, percevant qu’il y trouverait de quoi renouer avec la pensée, des outils pour raisonner ses dessins. Paul n’est pas un ascète pour autant. Contrairement à ce que suggère la sobre abstraction de ses projets ‒ leur composition ultra-minimaliste rappelle ceux des éminences grises de sa génération, Valerio Olgiati et Office KGDVS, ou encore les œuvres élémentaires de James Turrell ou Donald Judd qu’il apprécie particulièrement ‒, Paul prône le plaisir, celui de la conception. Et il n’hésite pas à mettre en scène ses choix, opérés en conscience, pour construire ses arguments, comme avec ces plans illustrant les diverses possibilités d’extension d’une maison individuelle, rassemblés en série et exposés au client pour montrer le chemin de sa pensée. Paul est obsédé par le sens de ses gestes. Il cherche à éviter l’arbitraire, l’aléatoire et même pire, les idées sur lesquelles on pourrait revenir. « Projeter est un combat entre intuition et raison », martèle l’architecte. Pour assumer pleinement une proposition, il met à plat les différents enjeux que soulève le projet et les hiérarchise, réfléchit longuement en remplissant des pages de croquis avant de passer au clavier. Sa peur du malentendu le pousse à réaliser des maquettes « objectives » pour échanger avec la maîtrise d’ouvrage. Là encore, ne nous y trompons pas, Paul ne se pose pas en démiurge. Il ne s’agit pas, par cette ultra-maîtrise des choix, d’asseoir sa domination sur la réalisation à venir. L’architecte s’imagine plutôt en passeur entre le projet et son futur usager, capable de mettre en œuvre « le strict nécessaire », un espace disponible à de nouveaux récits. Il en est convaincu, l’objectivation d’une question n’enlève rien à la poésie du lieu qui en émanera. Au contraire, elle la multipliera. Pour Paul, si l’architecte est évidemment le garant de la qualité architecturale, il l’est aussi de la qualité de la discipline elle-même. Mais il mesure sa dureté : « L’engagement le plus difficile à tenir, c’est celui envers soi-même, tenir le niveau d’exigence qui nous est propre », admet-il.

Après une formation en design à Olivier de Serres, Paul Vincent (1983) intègre l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville. Il est diplômé en 2010 et fonde son agence à Paris, en 2016.

La citation

« Évacuer la notion d’esthétique au profit de celle d’idée comme matière première. »

Ajap 2018 : Concours pour un équipement dans le port Vauban, Saint-Malo (35), 2016, Paul Vincent architecte

Concours pour un équipement dans le port Vauban, Saint-Malo (35), 2016, Paul Vincent architecte

Le projet : Capitainerie

Deux objectifs guident la conception de cette capitainerie dans le port de Saint-Malo : inscrire un bâtiment modeste comportant des bureaux et des sanitaires dans un site exceptionnel, au pied des fortifications malouines ; offrir aux plaisanciers et aux agents du port un confort et une qualité d’espace souvent absents de ce type de programme. Le travail sur l’éclairage naturel des intérieurs fédère le projet dans toutes ses dimensions. À l’extérieur, l’importante verrière déroulée en attique et son caractère systématique sont à la mesure de l’échelle du site. À l’intérieur, le bandeau vitré génère un espace singulier baigné de lumière. Dominé par la massivité des remparts, cet emplacement à la jonction entre industrie, commerce et tourisme ne tolère pas une écriture trop domestique ni trop narrative. C’est donc à une certaine abstraction que la volumétrie simple du projet aspire. Grâce à elle, le bâtiment s’affirme dans son contexte tout en conservant l’humilité liée à sa fonction.

Contact

Paul Vincent architecte
52 rue des Gravilliers
75003 Paris

09 82 31 61 59
contact@paulvincent.fr
www.paulvincent.fr
@paulvincentarchitecte

Fiche technique

Lieu : Saint-Malo (35)
Programme : construction d’un équipement destiné aux plaisanciers comprenant sanitaires, atelier et bureaux
Client : CCIT Saint-Malo Fougères
Équipe : Paul Vincent architecte (mandataire), Cabinet Collin (économiste), Eckersley O’Callaghan (structure), IcoFluides (fluides)
Budget : 450 000 € HT
Surface : 225 m²
Concours : 2016, classé second